lundi 31 mai 2010

Où en sont les libertés.

Petite réflexion personnelle.
Lorsque l'on publie un ouvrage à l'encontre du chef de l'Etat, celui-ci actionne la justice pour diffamation et atteinte à la vie privée (paradoxale quand on sait qui convoque les médias et les photographes ...).
Lorsqu'un fonctionnaire crée un groupe sur un réseau social pour dénoncer la désinvolture d'un élu (et non pas d'une décision politique ou administrative et collégiale du conseil délibérant duquel il ressort), il voit actionné sa responsabilité personnelle face aux juridictions répressives compétentes pour avoir enfreint son devoir de réserve.

Ce qui pose la question fondamentale dans une société libre, sur les jalons bordant la liberté d'expression en France.
A savoir que dans les pays anglo saxons, il n'y a pas de devoir de réserve (des magistrats peuvent critiquer une décision collégiale envers laquelle ils avaient émis un avis défavorable), et des tabloïds étalent la vie privée et calomnient les dirigeants publics outrageusement.

Dernier point: avant la révolution française, certes la censure existait, certes nous vivions dans un régime de concentration des pouvoirs (quoique discutable, vu la faible production normative du monarque, se limitant souvent à des codifications de coutumes ou lois jurisprudentielles préexistantes, et dont la plupart des édits étaient censurés, sinon diminués ou récrits par les parlements, les lits de justice pour franchir cette obstruction prétorienne étant assez lourde et fastidieuse pour le monarque... Les parlements en tant que Cour de justice de cassation s'étaient même investi d'un pouvoir constituant, voir à ce titre les "Lois fondamentales du royaume"), certes il n'y avait pas de propriété privée et nos profs d'histoire ont pu dire (s'ils l'ont fait, ils sont criminels) que la tyrannie absolutiste était digne des régimes totalitaires (il n'y a eu que deux totalitarismes dans l'historie de l'humanité, le Socialisme et le Nazisme, qui était lui même une forme de socialisme, répondant à des structures autocratiques tranchant radicalement aux institutions d'ancien régime vu le poids phénoménal des parlements comme frein au pouvoir du Prince législateur, plus des camps d'internement, structure carcérale développée et organisée - les prisons modernes pour punir les gens, en France, ont été inventées par la République); cependant sous cette tyrannie absolutiste il existait des pamphlétaires qui calomniaient et insultaient le Prince et ses proches conseillers, voire son épouse, "l'autrichienne", d'une façon patente, outrageante, ostensible, ostentatoire ... et sans répression aucune, ni volonté de la part du Souverain de les réprimer. Il y avait une presse assez émancipée, qui prenait partie pour ou contre le Roi. Il y avait des courants protolibéraux, monarchomaques, absolutistes, impériaux etc et chacun avait ses organes, ses voies de communication etc ... Et des mensonges éhontés étaient véhiculés contre le pouvoir en place. L'affaire des bijoux de la reine a été le truchement de calomnies féroces contre Marie Antoinette, alors qu'elle était elle même victime des mensonges et perfidies de l'entourage du Roi. Quid de la Censure? Elle proclamait une littérature "autorisée" mais ne cherchait guère à sanctionner les littératures alternatives. Toute référence à LaFontaine serait futile, le fabulateur caricaturant les défauts de l'ancien régime et des jeux de cours à l'instar (certes avec plus de subtilité) que le font les caricaturistes contemporains, et nourrissant une rancoeur sans borne pour le Pouvoir en place qui avait fait condamner son protecteur, qui avait construit sa demeure personnelle à Vaux le Vicomte sur les Deniers de la Couronne... (là encore, on pourrait jaser sur la gestion de fait et ses sanctions: ancien régime on coupait la tête, république, il faut juste rendre les sommes; M. Nucci qui avait hérité, selon lui par farce de collaborateurs, de quelques dizaines de millions de francs sur le compte personnel d'une association de laquelle il était le président perpétuel, fonds alloués à son ministère, a simplement été condamné à rendre les sommes - Fouquet aurait pu être condamné à mort, mais 11 magistrats sur 20 optèrent pour l'exil et la confiscation de ses biens.) A fortiori, cette censure était fort complaisante, ne sanctionnant pas les attaques de LaFontaine, alors que la critique du pouvoir en place y est patente.

La réponse première est donc, fatalement que cette liberté d'expression si chère aux lumières de ce monde, est virtuelle, réduite tout du moins. Cette réduction est elle pour autant nécessaire, voire utile?
En d'autres terme, doit on se féliciter de la montée en puissance de la prohibition des atteintes à l'honneur d'une personne ou d'une institution?
Ce ne sont pas des textes philosophiques qui le prescrivent, ni des réflexions jusnaturalistes. Les nouveaux hommes de l'Etat, révolutionnaire la veille, Prince dès l'aube, avaient bien compris qu'il fallait perfectionner l'encadrement de la pensée.
Aussi, Internet est mal vu aujourd'hui, car tous les courants subversifs qui échappent au contrôle du ministère de l'intérieur peuvent s'exprimer librement - Le ministère de l'intérieur encourage les journalistes dans leur médiation de l'information, et la presse d'opinion nous mâche le travail, Internet nous permet d'avoir accès à l'information brute et de se rendre compte de la réalité, fonctionner un organe assez délaissé par nos contemporains, notre cerveau! "C'est mal internet, c'est plein de pédophiles, des étudiants en Droit philosophent - au combien mal - sur la liberté de pensée et il y a les vidéos de M. Schweitzer, et les conférences liberté chéries". Liberté, liberté chérie, combat avec tes défenseurs! Trêve de considérations martiales, M. Schweitzer présente en quelques minutes combien internet nous a permis d'évoluer, et exprime une évidence: comment vivre aujourd'hui sans internet, avec un téléphone à impulsion filaire?

Chacun fait des erreurs, ce n'est pas un mal, mais l'ego des hommes de l'Etat semble être si fragile, qu'ils supportent difficilement d'être égratignés par quelques pixels et bits de scripts révélant cette erreur même; et ce réflexe est lui même naturel. Ces gens prétendent organiser notre existence alors qu'ils ne savent régir la-leur; le propre des Grands souverains est de s'appliquer à soi, ce que l'on attend des autres, disait Papinien au III siècle. Ils savent qu'ils sont en situation de faillite, la peur les ronge. Montrer cette faillite, c'est atteindre à leur honneur, car le propre des Hommes de l'Etat, si on les a choisi pour nous tyranniser, n'était ce pas justement pour contribuer à l'intérêt général? au bien commun? Régulièrement des agents de l'Etat et des autres Personnes publiques, qui citoyennement dénoncent les exactions du léviathan, se font interdire d'exercer leur profession parce qu'ils portent atteinte à cet honneur des hommes de l'Etat, en exposant leur faiblesse et leur faillite.
Il n'y a pas de position prise par les Hommes de l'Etat qui convienne au Bien Commun directement, et l'encadrement de la liberté d'expression en est la preuve. Doit on supporter cette infamie de laquelle nous sommes victimes, au nom de l'honneur?
Les professeurs d'université bénéficient d'une protection constitutionnelle de leur liberté d'expression. Cette protection ne devrait elle pas être inhérente à toute personne?

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