Je souhaite vous faire partager une nouvelle chronique de Pierre Sparaco au sujet de notre principe de précaution qui coûte et ne rapporte jamais. Cette fois c'est au sujet du volcan. Est-ce que l'intelligence prendra un jour le dessus?
Où sont les cendres ? Bien cachées...C’est une situation sans précédent, cauchemardesque en même temps qu’incongrue, voire risible pour ceux qui l’observent depuis chez eux, loin de la pagaille. Un nuage de cendres invisible mais réputé dangereux, venu d’Islande, qui a entraîné la fermeture de plus de 300 aéroports européens. Plus de 7 millions de passagers aériens sont affectés, plusieurs dizaines de milliers d’entre eux dorment dans les aérogares, parfois très loin de chez eux, notamment aux Etats-Unis.Passé l’effet de surprise, après analyse du sacro-saint principe de précaution et quelques dizaines de vols «test» assurés par des avions vides, force est de constater qu’on n’y comprend plus rien. Ou, plus exactement, on commence à mesurer l’incapacité de l’Europe à réagir convenablement à une crise d’un type nouveau.Il aura fallu attendre 6 jours pour que les ministres des Transports décident de se concerter (en visioconférence) comme il convient. Vingt-quatre heures plus tôt, au niveau national, s’était tenue à Paris une réunion des compagnies aériennes et des voyagistes avec les «responsables» politique. Il n’en est rien sorti de concret, si ce n’est que la situation est grave mais pas désespérée. Dans le même temps, le silence de la communauté scientifique est resté assourdissant (même Claude Allègre est resté sans voix), les spécialistes –ou réputés tels- s’exprimant dans le désordre. L’opinion publique, incapable de s’y retrouver, est au bord de la désespérance. On rêve d’un retour parmi nous d’Haroun Tazieff, disparu il y a 12 ans sans nous laisser de digne successeur. Peut-être nous aurait-il dit que penser du vilain volcan islandais qui sème le trouble.L’IATA, toujours prompte à élever toujours plus haut son mur des lamentations, martèle déjà que cet arrêt sur image de l’aviation commerciale européenne coûte environ 200 millions de dollars par jour. C’est là un manque à gagner, une perte de chiffre d’affaires, et non pas une perte nette. Mais peu importe ce détail comptable, l’information ne pouvant pas être vérifiée.Mieux vaut retenir une déclaration commune d’ACI et de l’AEA, respectivement Airports Council International et Association of European Airlines. Sans catastrophisme mais avec fermeté, ces deux groupements professionnels demandent que la situation soit rapidement réexaminée. Ils craignent en effet une sur-réaction, un excès de prudence, une application irréaliste du principe de précaution. Il s’agit pourtant là d’une spécialité bien française, et non pas européenne, née de la tristement célèbre affaire du sang contaminé, reprise récemment à l’occasion du feuilleton tragi-comique de le la grippe H1N1. Les politiques commencent par réagir très fort, sur le ton docte des responsables qui prennent leurs responsabilités. Ensuite, on ajuste le tir, tant bien que mal.Fallait-il fermer l’espace aérien européen ? Aussi hermétiquement, aussi longtemps ? Météorologistes et vulcanologues s’expriment bien peu et il apparaît que seules les méthodes empiriques gardent leur valeur. De vaillants pilotes de Lufthansa, KLM, Air Berlin et quelques autres sont montés là haut, pour «voir» ce qu’il en était et ils n’ont tout simplement rien vu, rien constaté, rien appris. De même, dimanche, un premier vol d’évaluation d’Air France, un CDG-Toulouse assuré par un A320, n’a révélé aucune anomalie. On aurait pu imaginer, par exemple, que l’espace aérien inférieur soit aussitôt rendu aux avions, quitte à en augmenter la consommation de carburant. Rien de tel n’a été évoqué.On a aussi entendu, à tort, que c’est Eurocontrol qui décrète qu’il faut que le ciel soit ouvert ou fermé. En fait, l’Europe des transports aériens n’existe pas, ou si peu. Telle est la principale leçon que portent les cendres venues Islande. Des cendres à 200 millions de dollars par jour : le rapport qualité/prix n’y est pas.
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